journal / pensées spontanées

Des répétitions qui calment

J’écoute le bruit du lave-vaisselle qui tourne en boucle, un bruit rassurant, familier depuis l’enfance et qui donne des repères quand la routine disparaît.

Le lave-linge ça n’est pas comme la machine à café dont le son strident ne dure qu’un temps. Le bruit de la machine à café me rappelle le petit-déjeuner, ma mère qui me parle en attendant que le nectar noir s’écoule dans la haute tasse blanche, l’odeur des tartines légèrement brûlées dans le grille-pain, la joie du matin quand le soleil se lève enfin et que tout est à nouveau possible. Bien souvent, je laisse refroidir mon café avant de le boire, pour que ce moment dure longtemps.

Le bruit du lave-vaisselle, c’est plutôt le début d’après-midi. Quand on a fini de déjeuner, on met la machine en route parce qu’alors elle est assez remplie pour être lancée. C’est le moment où l’on se force à garder les yeux ouverts même si on baille, même si on a les yeux mouillés tellement on aimerait faire la sieste. C’est le temps du milieu où l’excitation du démarrage s’est envolée, ces moments où ça tourne en rond, comme le lave-vaisselle.

Il y a des répétitions qui nous calment et d’autres qui nous endorment.

Quand on y pense, c’est très différent du lave-linge qui a ses cycles courts, ses programmes longs. Qui n’a jamais eu l’impression d’avoir un avion qui décolle dans sa cuisine ou sa salle de bain ? Le son du lave-linge c’est un peu ça, le décollage ou l’atterrissage. C’est la fin d’une période ; qu’on s’en aille ou bien qu’on revienne. Et puis, ce bruit, on voudrait qu’il se termine car il empêche de faire autre chose. On ne s’entend même plus parler. La fin c’est un peu ça : une envie insoutenable d’en finir parce qu’il n’y a plus de place pour rien d’autre, parce que c’est trop encombrant, trop douloureux et qu’on ne parle plus. Comment trouver la force de terminer une histoire ; une histoire de cœur, une histoire de job, une histoire créative, si on n’est pas au bord de l’essorage ?

En ce dimanche 10 mai 2020, on est au début de la fin. Après avoir appris à rester chez nous, on va devoir apprendre à ressortir. Ressortir c’est très différent de sortir. On ne sort pas de chez soi de la même manière une fois qu’on a été obligé d’y rester.