pensées spontanées

30 avril 2020

J’aime vraiment marcher. Pendant des années, je m’obligeais à courir plutôt qu’à marcher pour maigrir, pour améliorer mon rythme cardiaque pour être en forme et même, plus insidieusement, pour vivre plus longtemps.

Il fallait suer et que cela fasse de bonnes courbatures le lendemain. Quand je serai les dents sur le tapis de la salle de sport, je pensai que si je tenais, je réussirai ma vie. Aujourd’hui je réalise à quel point j’aime prendre le temps de déposer mes pas sur le sol le plus lentement possible. J’aime cette sensation où les jambes se déroulent comme dans du coton, où les mollets sont doux et où les pieds attérissent sur une terre qui semble ramollie.

Le paysage défile lentement, il ne se passe pas grand-chose. Je prends toujours un parapluie car il peut pleuvoir n’importe quand en Normandie.

En ce moment, je fais toujours la même balade car il est interdit d’aller sur la plage. Au cours de ce parcours identique, après le port, il y a une pointe de terre d’où l’on peut voir la mer au loin. Quand il fait beau, il y a souvent du monde agglutiné sur ce terrain en friche. Si la promenade est toujours la même, la mer n’est jamais pareille. Elle a un sacré tempérament. Elle ne se laisse jamais dicter sa conduite, elle est calme si elle en a envie mais jamais elle ne s’interdit d’exploser, de se déchaîner sur les lointaines roches noires.

En longeant le canal, parfois, je m’amuse à imiter les chants des mouettes.

Il y a une allée en bois fleurie puis un pont en bois et la grande rue qui nous ramène chez nous. Mon cœur se sert toujours un peu au moment de rentrer. Ces derniers temps, j’ai marché tous les jours, sans objectif, sans avoir à accélérer le pas pour être à l’heure. J’ai marché juste parce qu’il n’y a rien d’autre à faire. J’avais appris à courir mais désormais j’apprends à marcher.