Il y a de la légèreté dans l’air

Il y a de la légèreté dans l’air. Bien sûr, l’air est léger par essence mais je parle d’autre chose, d’une sensation au-delà de l’air, d’une densité de l’invisible.

Je parle de cette électricité qui se propage des uns aux autres comme par une grande centrale électrique impalpable. Il y a quelques semaines, cette centrale était au bord de l’explosion. Je crois que nous sommes tous reliés d’une certaine manière telles les cellules d’un corps humain. Je crois que nous sommes les composantes de la Terre, que nous formons un organisme vivant dont la cervelle serait l’inconscient collectif. Ces derniers jours, l’inconscient collectif est moins brûlant comme si la fièvre redescendait enfin.

Il y a un vent frais dans nos esprits.

Je crois que nous sommes tous reliés les uns aux autres, aux animaux, aux plantes, même à ceux qui sont loin. Nous sommes imbriqués même à l’autre bout de la planète, nos actions, voire même nos pensées s’entrechoquent, se repoussent et s’attirent, elles s’influencent sans que nous en ayons conscience.

Tout ça me parle même si je n’ai pas de preuves scientifiques.

En occident, nous sommes tellement dans notre bulle de protection, que nous ne mesurons pas les conséquences de nos actes sur le reste du monde. Nous ne mesurons pas car nous ne crevons pas la dalle. Le danger nous paraît irréel car il est loin, car il n’est pas avec nous au quotidien alors nous continuons à traverser l’existence en pensant à autre chose. Et je crois qu’il n’y a rien de plus humain.  

Avec ce virus, on est face à nos limites. Qu’il soit ou non la résultante de nos actions sur l’environnement, il nous montre notre illusion de croire que rien ne peut nous arriver, que nous maîtrisons, que nous sommes en sécurité. Il nous montre nos feux de forêt, nos tempêtes. Il nous montre que nous sommes dépendants des dévastations climatiques que nous croyions si lointaines.

C’est une sacrée étape dans une vie que d’accepter de voir le danger. Alors, comment ne pas être comme ces baigneurs sur la plage qui restent choqués quand le tsunami arrive au loin ?

Il y a quelques années, pour mon blog «Réécrire», j’avais réalisé des interviews de philosophes, scientifiques, climatologues (Cyril Dion, Hervé Le Treut). Tous arrivaient au même constat environnemental terrifiant, si terrifiant qu’il était dur d’y croire, de ne pas avoir envie de penser à autre chose pour oublier. Et puis, on a déjà tellement d’évènements difficiles à gérer au quotidien.

Cher Coronavirus, je te remercie de m’empêcher de fuir face au danger, de me montrer que nous ne sommes pas infaillibles, de me rappeler que la peur n’est pas à rejeter mais qu’elle a un message important à écouter. On s’adpate à tout, une fois qu’on arrête de courir.