pensées spontanées

17 avril 2020

Le jardin a disparu, comme ça d’un coup. PAF. Certes, il n’était pas grand : une allée de graviers, une pelouse de quelques mètres carrés, avec un vieux tronc au-dessus d’une colline formant comme une vague. Certes, il n’était pas grand ce jardin mais il y avait la vue sur les grands arbres du quartier.

Avant-hier, il a disparu, comme ça, brutalement, pour plein de raisons et parce que d’autres en avaient certainement plus besoin que nous. C’était une respiration quotidienne, la joie de pouvoir prendre le soleil, d’enlever ses chaussures pour mettre les pieds dans l’herbe. Je n’avais encore jamais réalisé à quel point j’aimais les jardins. D’habitude, on n’y pense pas, on court d’un rendez-vous à un autre, on marche dans la rue, dans le métro, on reste debout au bistrot du coin, on s’assied au soleil en terrasse, parfois on prend le large et on se balade sur la plage, on va au marché et puis on prend l’avion, puis le train, plus rarement le bateau.

Le jardin semblait bien moins fascinant que le reste du monde. Pourtant, ces derniers temps, même ce petit jardin paraissait plus vaste que le reste du monde.

Son absence ramène à l’essentiel. En ces temps, un jardin est un besoin vital, viscéral, cérébral. Désormais, le luxe c’est de pouvoir toucher un arbre, humer l’odeur de l’herbe fraîche, toucher une fleur délicate. Oui, je les garde en mémoire ces pissenlits et ces pâquerettes. On a tellement cherché à avoir un appartement, à vivre au bon endroit dans cet immeuble que désormais on est enfermés dedans.

Depuis quelques années déjà, l’envie d’une vie dans un village, en pleine nature, entourée de verdure, frappait mes pensées mais désormais je l’ai dans la peau.

J’ai le jardin dans la peau.

Le luxe c’est la simplicité. Je le sens depuis longtemps déjà, je le dis, je l’écris mais je ne l’avais pas encore mis en place. Pourtant j’avais franchi des pas vers ce jardin sans savoir où il était, en France ou ailleurs sur le globe. Tout était possible alors c’était dur de choisir. J’avais déjà quitté la grande ville mais je voguais sans savoir où était mon jardin.

Je le croyais limité, j’avais déjà arrosé ses plantes dans ma tête, j’en avais pris soin mais il y a trois mois j’ai réalisé que je ne m’étais jamais retournée. Dans mon dos, il y avait aussi une forêt, une forêt dans l’ombre et des étendues de terrains sombres. J’avais si peur de me retourner.

En réalité, j’ai plus qu’un jardin dans la peau, j’ai aussi une forêt noire et des champs en friche et une rivière. J’ai une rivière calme dans mon cœur.

Image Ellen Von Wiegand