pensées spontanées

31 mars 2020

Quand on écrit sa vie quelques part, on danse un peu. Et quand on danse, on écrit les lettres d’un alphabet. J’aime la danse car elle est une écriture du corps dans la matière. On peut danser partout, même enfermé. Comme on peut écrire partout, sur un bout de nappe, sur le bloc note d’un téléphone, avec un bout de bois dans la terre, à la craie sur un mur noir ou sur le sable chaud.

Même immobile on danse encore. Cette phrase je l’ai écrite dans mon dernier roman «Là où chante l’étoile» et elle m’a fait beaucoup pleurer. J’avais dit tellement de choses avec si peu de mots. Aujourd’hui, j’aurai envie de dire autre chose. Même confiné on danse encore. On peut danser sans bouger, ressentir la vibration de la sensation, les courants électriques des organes dans leurs chorégraphies parfaitement orchestrées. C’est important de savoir danser à l’arrêt. D’écrire même quand on n’écrit rien. D’écrire quand la main ne bouge pas, quand il n’y a plus de papier ou pas de connexion internet. Alors on écrit ailleurs, dans l’invisible.

Je danse beaucoup ces temps-ci. J’autorise le mouvement qui vient sans préméditation, sans le connaître à l’avance. Comme quand on chante pour la première fois, on ne reconnaît pas sa voix. On la croit extérieure, on pense à une étrangère en soi, à une sorte d’Ange qui pousserait sur les cordes vocales. Avec le mouvement c’est un peu pareil. On ne le connaît mais lui il nous décrit si bien. Il sait parfaitement qui nous sommes.

On peut aussi chanter sans ouvrir la bouche. Comme on peut vivre sans sortir et vivre sans bouger. En disant cela, je pense, très émue, à ce jeune homme que je connais et qui est en train d’apprendre à vivre sans bouger son corps. À ce jeune homme qui doit trouver la force de danser sans bouger. Et je pense à tous ceux d’entre nous qui doivent apprendre à rêver enfermés, à rêver sans certitudes du futur, à rêver dans le doute mais à rêver malgré tout.

Image Mc Call Olsen