Quand je ferme les yeux

Quand j’ai les yeux ouverts, j’observe la terreur de loin. Du plus loin possible. J’aimerais me cacher sous terre, trouver une parcelle du monde qui serait encore préservée et y courir sans me retourner.

Quand j’ai les yeux ouverts je reçois les mails des grandes entreprises qui envisagent l’enfer, des particuliers qui tentent de proposer leurs activités en ligne pour survivre. Et puis, quand j’ai les yeux ouverts, je parcours les chaînes de messages alarmistes postés ici et là ou les posts trop optimistes pour mettre à distance l’angoisse. Quand j’ai les yeux ouverts, je vois défiler les avis de chacun qui ne ressemblent pas à ceux des autres.

Alors je prends le temps de laisser vivre en moi les voix tragiques et les larmes. J’évite de courir sur mon ordinateur pour voir un film qui me ferait oublier la réalité. J’évite de prendre mon téléphone en quête d’une information positive qui me rassurerait. Je reste juste là. Sans rien faire, sans rien dire. Je reste assise dans le silence. Au bout d’un moment le silence rentre au dedans.

Et puis je ferme les yeux. Et quand je ferme les yeux je vois plein de belles choses. Je vois des médecins courageux qui trouvent des solutions au fur et à mesure. Je vois l’entraide de tous ceux qui se mobilisent pour leur rendre la vie plus facile. Je vois un gouvernement, un pays qui fait de son mieux malgré les critiques. Je vois ma belle amie médecin rassurée et combative. Je nous vois tous en train de nous embrasser, de sauter de joie.

On ne réalise l’importance des choses essentielles que lorsqu’on les perd. Quand je ferme les yeux, je vois nos retrouvailles.