pensées spontanées

20 mars 2020

Non, il n’est plus possible de courir à droite à gauche pour l’éviter, de remettre à plus tard son invitation. Oui, elle est bien assise, là, confortablement sur le fauteuil d’en face, dans ce salon qu’il est désormais interdit de quitter.

La peur a revêtu sa plus belle tenue, des chaussures hautes et sa rivière de diamants. Elle attend, étincelante.

La peur s’est approchée de mon visage. Je ne voudrais ne jamais croiser son regard. Au début, j’ai même du mal à respirer, je crois étouffer, partir comme tous ceux qui s’envolent ailleurs.

Alors elle me tend une main tremblante. Ses yeux figés sont un peu les miens, ses jambes raidies sont un peu les miennes.

Elle me dit tout ce que je redoute en secret, tout ce qui remonte à la surface et auquel je ne voudrais jamais avoir à faire face. Je puise au plus profond de mes forces pour l’écouter jusqu’à la délivrance d’un soupire. Et puis, elle me parle, encore et encore, de toutes ses terreurs qui la submergent. Celles qui étaient logées dans mon cœur depuis si longtemps.

Tout doucement, on s’apprivoise, on se sert la main, sans microbe, sans virus, sans ennemi invisible. Puis on s’enlace fort telles deux amies longtemps séparées, deux âmes à nouveau réunies.  

Image Zezn