La découverte des coïncidences ou comment passer d’avocate à organisatrice d’expositions d’art en six mois

Illustration par Bikin

Fresque murale par Arthur Rainbow

Ma première rencontre avec les coïncidences remonte à l’automne 2009. Ce fût une révélation et en même temps une sorte d’évidence, une connaissance que je redécouvrais comme si je l’avais toujours su au fond de moi… Voici des exemples de coïncidences donnés par le médecin américain d’origine indienne Deepak Chopra : « Vous pensez à quelqu’un que vous n’avez pas vu depuis longtemps, et cette personne vous appelle. Vous avez un projet en tête, et vous découvrez qu’un ami a une idée similaire ». Je vais vous raconter les premières coïncidences qui sont apparues dans ma vie pour la métamorphoser, pour faire éclore un nouveau chemin dans le cours de mon destin, en esperant que cette histoire vous inspire…

Fraîchement diplômée de l’école du Barreau de Paris, en septembre 2009 après sept années d’études intenses, de concours, de milliers de pages apprises, de centaines de cas pratiques et de stages aux horaires infernales, j’ai décidé de ne pas continuer dans cette voie. En effet, deux ans auparavant, lors de mon premier stage en fusion-acquisition dans un cabinet d’avocats américain, j’ai découvert la réalité du métier. Et j’ai pris une claque ! Si j’aimais les études de droit, écrire des dissertations ou m’organiser seule dans mon travail à la bibliothèque j’ai eu une réaction épidermique quant métier en pratique. Chaque matin en me levant, j’allais à ce stage comme on va en prison, tout me paraissait morne. Plus rien n’avait se saveur quand j’arrivais dans ce bâtiment design, aux tableaux d’art contemporains valant des millions. À la fin de ce stage, ne sachant pas ce que je pourrais faire d’autre et voulant terminer ce que j’avais commencé, j’ai quand même décidé de passer le concours d’entrée à l’école d’avocat que j’ai eu de premier coup. Lors d’un des stages obligatoires dans un autre cabinet, un après-midi silencieux, dans mon grand bureau aux moulures anciennes, j’ai pris le stylo et le carnet devant moi et j’ai écrit pendant plusieurs heures, sans m’arrêter, en pleurant de joie… Mais comment devenir auteur ? Qui allait vouloir d’une avocate n’ayant pas fait d’études littéraires ? Comment changer de voie ? Comment gagner de l’argent ? Toutes ces questions difficiles restaient sans réponse et me terrifiaient. Malgré tout, à la fin de l’école, il n’a pas été dur de refuser de prêter serment, de ne pas chercher une collaboration en tant qu’avocate. Au contraire, pour la première fois, je me suis sentie libre…

Donc, à l’autonome 2009, je me suis retrouvée chez ma mère, avec un vieil ordinateur… Elle était d’accord de me soutenir dans ce changement fou car elle était, elle-même, passée du recrutement à la vie d’artiste peintre… Dans le vide, je n’avais aucune idée de ce que je pouvais faire… Alors j’écrivais des poèmes, des chansons, des articles pour mon premier blog nommé « Hors-pistes », je pratiquais de la photo et je dévorais des livres… L’ostéopathe que je voyais à l’époque (à qui j’avais parlé de mon changement de vie) m’a un jour conseillé la lecture de «L’homme Superlumineux» de Régis Dutheil, agrégé de médecine et professeur de physique et de sa femme, Brigitte, ancienne élève de l’ENA et professeur de lettres. Selon eux (excusez-moi si je résume mal mais c’est complexe), il existerait un autre univers que le notre dans lequel les particules iraient toujours plus vite que la vitesse de la lumière. Dans celui-ci il n’y aurait plus de temps causal (pas de passé, présent, futur) car tout serait instantané. C’est dans cet espace-temps que les médiums iraient chercher l’information, par exemple. Et, il y aurait des liens entre cet univers et le notre par les fameuses « coïncidences ». Ces révélateurs d’informations importantes pour nos vies qui sont liées entre elles par des liens de sens et non de causalité temporelle. Ces fameuses coïncidences seraient de l’information importante pour nous guider sur notre chemin… Quelle révélation ! Pour compléter cette découverte, j’ai aussi lu « Le livre des coïncidences » de Deepak Chopra, ce médecin indien qui parle de la magie des coïncidences, de ces événements étrangement reliés qui pourraient nous permettre, si on commence à les suivre dans nos vie, de voler ensemble comme les oiseaux qui se synchronisent sans même se regarder ! Cette image m’a parlé très profondément mais, à l’époque, je n’ai pas compris comment on pouvait faire attention à ces coïncidences ni quelles formes elles pouvaient prendre dans la vie quotidienne. Cependant, ces lectures avaient changé quelque chose en moi. Elles m’ont donné confiance en mon destin. Alors, j’ai décidé de me laisser guider par la vie, de continuer à apprécier le silence que je goutais, le vide qui me réparait après toutes ces années dans l’action… Moi qui avais si peur du néant, j’ai découvert la puissance de sa douceur.

Vue d’exposition au Barbershop, 2011. Illustrations par Lily Mix.

Et puis, en janvier 2010, une amie d’une amie m’a parlé d’un bar rue Oberkampf qui venait d’ouvrir et tenu par des amis à elle… Elle avait la sensation qu’elle devait me les présenter pour que je travaille avec eux. Je venais d’écrire des textes biographiques pour un plasticien au style hip-hop, ami de ma mère. Cette fille en avait entendu parler par mon amie . Par hasard, les gérants du bar connaissaient aussi cet artiste qui avait adoré le texte que j’avais écrit pour lui ! Première coïncidence… Un des patrons de ce bar connaissait aussi ma mère qui avait exposé à Quai Ouest, l’ancien restaurant dont il était le gérant… Deuxième coïncidence… Sans m’en rendre compte à l’époque, j’étais face à ce genre de coïncidences qui sont le signe que la vie propose une nouvelle voie… Et qu’il ne tient plus qu’à nous de décider de la prendre… Dès le premier rendez-vous avec Philipe et Bruno, les gérants du bar, il a été évident que je m’occupe de la communication de leur lieu aux accents hip-hop, le Barbershop ! Je leur ai proposé de monter une exposition d’art mensuelle dans leur lieu en y rassemblant plusieurs artistes… Ils ont immédiatement trouvé l’idée géniale ! C’est ainsi qu’en mars 2010, je me suis retrouvée à créer mes expositions d’art du nom de « Réécrire ». Qui aurait imaginé ça ? Cela n’était pas vraiment de l’écriture pure mais je pouvais rédiger les biographies des artistes, les textes d’exposition et au delà, je voulais inventer de nouveaux parcours féériques au milieu de lieux de vie urbaine… C’était un premier pas… Avec ces expositions, je voulais créer de nouvelles passerelles dans le réel…

En deux ans, j’ai créé plus d’une trentaine d’expositions d’art à Paris et pas seulement au Barbershop mais aussi au Couvent des Récollets, au Café Caché du Centquatre et à la Bellevilloise… En plus des œuvres à vendre, lors du vernissage, mon concept était d’organiser des performances ou des projections interactives pour créer un lien avec le public. Chaque exposition rassemblait au moins deux artistes voire parfois une dizaine ! Quand j’ai commencé à choisir les artistes à exposer, je me suis laissée guider par mon instinct pour trouver les artistes… Sans savoir expliquer, j’étais « guidée » et tout se faisait, sur internet, de rencontres en rencontres, je « savais » alors que pourtant je ne connaissais pas du tout ce milieu particulier du graphisme et de l’illustration que j’ai immédiatement choisi. Et incroyable mais vrai, j’ai découvert de nombreux graphistes, illustrateurs qui ont ensuite percés dans le milieu… Et j’étais parfois la première à les avoir exposés… Notamment le duo de fresquistes A&M avec qui je crois avoir vécu une des expositions les plus magiques que j’ai organisées au Couvent des Récollets près de la Gare de l’Est… C’était en novembre 2012 dans cette immense pièce très haute de plafond et aux murs en grosse pierre, laissés volontairement brut pour conserver le charme de cet ancien lieu de culte. J’avais bossé pendant plusieurs mois pour préparer cet événement rassemblant les œuvres d’une dizaine d’artiste dont un street-artiste connu pour les cercles arc-en-ciel qu’il dessine à la bombe et un peintre américain du nom de Joshua Petker… J’avais demandé au duo A&M de créer une fresque géante qu’ils ont réalisé sur une vingtaine des feuilles A3 afin que le public puisse repartir avec un morceau de l’œuvre qu’ils dessinaient en live ! Tout était magique et on se serait cru comme dans un espace hors du temps où chacun retenait sa respiration et espérait que cela dure toujours…

Pendant deux ans, je me suis donc retrouvée à visiter des ateliers d’artistes, réfléchir à des concepts d’expositions, prendre les mesures des œuvres, inventer de nouvelles formes d’accrochages, planter des clous, installer des cimaises dans les murs, monter sur des échelles de pompier, écrire sur des artistes, créer des dossier de presse, contacter des journalistes, créer des évènements Facebook, collaborer avec des agences de communication et des marques, recevoir du monde… Quelle aventure  alors que quelques mois auparavant je mettais des annotations dans un code civil ou je relisais des conclusions ! Merci la vie, les coïncidences, l’intuition. J’y ai appris qu’avec la foi, tout est possible. La suite de mes aventures avec les coïncidences dans mon article sur la synchronicité et le prix gagné avec mon blog « Réécrire ».

Fresque murale par A&M

Peinture par Joshua Petker

Vidéo d’exposition au Couvent des Récollets

Illustrations par Los Patos.

Fresque 3D par A&M, Café Caché du Centquatre.